Argumentaire et axes du Congrès

La lutte pour que tous les enfants et adolescents terminent leurs études primaires et secondaires est une priorité à la fois marocaine et internationale. Trouver des moyens d’empêcher les élèves de quitter l’école très tôt et s’assurer qu’ils reçoivent une éducation de qualité sont des objectifs importants en soi. En plus, ils contribuent à améliorer l’équité et l’égalité des chances, ainsi que la promotion individuelle et sociale qui constituent les fondements de la vision stratégique 2015-2030.

L’abandon scolaire précoce (parfois appelé «décrochage scolaire») désigne les situations dans lesquelles les apprenants ne terminent pas un cycle complet d’enseignement et ne participent à aucun programme de formation ou d’un programme éducatif de «seconde chance». En tant que tel, il demeure un phénomène inacceptable surtout au niveau de l’enseignement obligatoire qui représente un droit inaliénable pour tous les enfants et adolescents, nonobstant leur statut socioéconomique et leur aptitude physique et mentale.

Différents facteurs sociaux, économiques et éducatifs contribuent à expliquer pourquoi les élèves quittent précocement l’école, et qui nécessitent différentes solutions basées sur l’école et sur également d’autres solutions. En tant que partie responsable principale, les écoles doivent adapter et mettre en place des mécanismes de soutien qui protègent, surveillent et retiennent les élèves à risque dans le système éducatif.

Les systèmes scolaires doivent s’adapter aux besoins des élèves et élaborer des stratégies d’appui afin de garantir que l’instruction et le contenu soient pertinents et utiles pour tous les enfants. De nombreuses études ont montré comment les écoles ont tendance à reproduire les hiérarchies sociales existantes (Maslow 1943, 1968, 1970 ; Bowles et Gintis 1976 ; Bourdieu 1970 ; DOE 2001 et Naicker 2005). Pour que les écoles contribuent de manière significative à la vie des enfants, elles doivent rompre le statu quo. En mettant en œuvre des stratégies souples et accommodantes qui répondent aux besoins d’apprenants divers, les écoles peuvent accroître les possibilités de mobilité sociale et spatiale. Il ne s’agit pas d’une approche welfariste de la pauvreté, mais plutôt une préoccupation sérieuse concernant les implications pédagogiques de la pauvreté. Les enseignants qui ont de la sympathie pour les apprenants et créent des environnements accueillants et propices aident à mettre fin à la transmission intergénérationnelle de la pauvreté. Les expériences d’apprentissage qui impliquent stimulation, d’enrichissement et de jeu peuvent être utilisées pour compenser les privations antérieures en particulier dans les domaines de littératie et numératie, de développement spatial et d’expériences sensorielles.

Au niveau social et communautaire, il faut créer un environnement accueillant et réconfortant, à l’écoute de la voix des apprenants capable de détecter la détresse et la dépression. Une référence appropriée à des professionnels devrait être faite pour l’évaluation formelle des risques et de dépression. L’école doit tendre la main aux communautés pauvres et assurer la sécurité et le bien-être de tous les apprenants. Les programmes de nutrition scolaire devraient inciter les apprenants pauvres et mal nourris à aller à l’école. Les écoles devraient établir des relations significatives avec les familles, les autorités, les associations de la société civile concernées afin de créer un environnement social accueillant. Des procédures et des pratiques communes devraient être développées pour décourager toutes les formes de déviance.

Dans le contexte marocain, le Conseil Supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche Scientifique (CSEFRS) a cité les principaux dysfonctionnements du système éducatif marocain. En réponse à ces dysfonctionnements, il a suggéré une liste exhaustive d’interventions, détaillée dans la vision stratégique 2015-2030, (CSEFRS, 2017). Les recommandations du conseil ont visé essentiellement à améliorer les capacités en langues, en communication, en dialogue, en recherche et en innovation, et les compétences requises en harmonie constante avec les exigences et les valeurs nationales et religieuses de la société. En effet, plusieurs réalisations importantes ont été démarrées pour réaliser les objectifs tracés par le CSEFRS, à savoir la révision des programmes scolaires, la réorganisation pédagogique de l’enseignement supérieur, l’introduction de la langue et de la culture amazighe dans les programmes d’enseignement et le développement progressif des capacités d’accueil de la formation professionnelle.

Les crédits alloués à l’éducation dans le budget national ont augmenté pour représenter environ un quart (1/4) du budget total. Malgré cela, le système scolaire marocain continue de souffrir de faiblesses persistantes, qui ont été soulignées dans le rapport du CSEFRS[1]. Ces faiblesses peuvent être clairement perçus au niveau de la cohésion du système et de l’interfaçage de ses différentes composantes surtout quand on regarde l’efficacité globale du système, sa productivité interne et externe et l’alignement entre les programmes de formation et les besoins du système. Ainsi, la clef de toutes les stratégies de développement consiste à s’assurer que le système éducatif est en mesure de fournir aux jeunes ; par une mise en œuvre cohérente des meilleures pratiques mondiales actuelles au-delà des simples compétences et savoirs, rapidement obsolètes ; les capacités permettant de tirer parti des opportunités de s’adapter, de gérer et de transcender les différents défis futurs.

Selon le Haut-Commissariat au Plan du Maroc (HCP), l’analyse de la décomposition de la pauvreté multidimensionnelle par source de privation en termes de l’année 2014 montre que la première source importante de reproduction de la pauvreté et de privation au Maroc est l’éducation (l’éducation des adultes et des enfants). D’un autre côté, les données montrent qu’il y a des inégalités de niveaux et d’accès à l’éducation (genre, socio-économique, géographie, etc.) qui persistent au Maroc et un taux très alarmant d’élèves, estimé à près de 8% selon le rapport du CSEFRS sur l’abandon scolaire (2019), qui décrochent et abandonnent les bancs de l’école pour se retrouver sans qualification dans un marché d’emploi déjà difficile. Ce sont ces jeunes chômeurs et exclus malheureusement qui vont être des proies faciles à toutes sortes de dérives : délinquance, criminalité, intégrisme, radicalisme, et d’autres formes de déviance sociale.

Le congrès «ABANDON SCOLAIRE PRECOCE : Causes, conséquences et politiques préventives» a pour objectifs de :

(1) identifier les spécificités des élèves à risque de quitter l’école très tôt et de déterminer ses causes ; 

(2) présenter les meilleures pratiques et politiques de prévention et d’intervention pour lutter contre l’abandon scolaire précoce ; 

(3) comparer les politiques éducatives internationales de lutte contre l’abandon scolaire précoce ;

(4)Mesurer et évaluer l’impact de l’abandon scolaire précoce sur le développement durable d’un pays, d’une région ou d’un territoire ;

(5) faire l’échange sur les meilleures pratiques nationales et internationales dans le domaine de lutte contre l’abandon scolaire précoce ;

(6) Identifier et évaluer les conditions de réussite de la mise en œuvre des politiques permettant aux enfants de communautés pauvres, défavorisées et / ou marginalisées de terminer leurs étude.

Des communications de divers champs pluridisciplinaires peuvent être proposées selon les axes d’intervention suivants :

Axe 1. Facteurs de l’abandon scolaire précoce et Identification des apprenants à risque de quitter l’école.

Axe 2. Pratiques de formation des enseignants et des éducateurs liées à la réduction de l’abandon scolaire précoce.

Axe 3. Politiques de prévention et d’intervention pour lutter contre l’abandon scolaire précoce.

Axe 4. Rôle des sociétés civiles dans la lutte contre l’abandon scolaire précoce.

Axe 5. Développement durable et Inégalités scolaires, éducatives et territoriales.

Axe 6. Conditions de mise en œuvre des politiques de lutte contre l’abandon scolaire précoce.

Axe 7. Intégration des NTIC afin de lutter contre l’abandon scolaire précoce.

Axe 8. Approches théoriques liées à l’abandon scolaire précoce, le décrochage scolaire et la déperdition scolaire.


[1] RAPPORT ANALYTIQUE sur « LA MISE EN ŒUVRE DE LA CHARTE NATIONALE D’ÉDUCATION ET DE FORMATION 2000-2013 : Acquis, déficits et défis », CSEFRS, 2014. http://www.csefrs.ma/wp-content/ uploads/2017/10/ Rapport-analytique.pdf